Salut à tous,
Le débat est passionnant. Et la question des polaires légitimes. Le nouveau record établi par Banque Populaire V peut, me semble-t-il, nous permettre de progresser dans notre réflexion et nous amener à trouver les réponses appropriées.
Loïck Peyron et les hommes du maxi trimaran Banque Populaire V sont donc les nouveaux détenteurs de ce trophée Jules-Verne, le tour du monde en équipage et sans escale. Ce vendredi à 23h14, ils ont franchi la ligne d'arrivée virtuelle avec un temps de 45 jours 13 heures 42 minutes et 53 secondes, battant ainsi de 2 jours 18 heures 1 minute et 59 secondes le record de Franck Cammas et Groupama III réalisé en 2010 (48 jours 7 heures 44 minutes 52 secondes). Banque Populaire V a parcouru les 29 000 milles du parcours à la vitesse de 26,517 milles de moyenne. Il a, pour ce qui nous concerne, nous qui sommes addicts à VR, diminué l'écart qui existait entre record réel et record virtuel, le faisant passer de 4 jours 17 heures 54 minutes et 42 secondes à 1 jour 23 heures 52 minutes et 41 secondes.
Une conclusion évidente s'impose : jamais les performances réalisées dans cette épreuve virtuelle n'avaient été aussi proches de celles réalisées dans l'épreuve réelle. Pour faire simple, jamais le jeu n'avait autant collé à la réalité.
Ceci est d'autant plus vrai que si l'on compare le temps réalisé par Banque Populaire V à ceux des plus efficaces des membres de la "Grande Armada" partis dans la même fenêtre météo que le maxi trimaran, nous obtenons un écart oscillant entre 1 jour et 1 jour 17 heures.
Ceci étant dit, il est vrai que les temps de passage de BP V aux différents points intermédiaires n'ont pas été les mêmes que ceux des membres de la "Grande Armada". Si l'on compare BP 5 à MOD70-2013, on constate que BP 5 a doublé "Good Hope" avec 3 jours 17 heures d'avance alors qu'il a doublé le Horn avec... 3 jours 17 heures de retard...
Conclusion : si les polaires de BP V et ses performances sont bien supérieures à celles dont nous bénéficions dans la descente de l'Atlantique, elles ne sont, comme l'a dit Peyron et comme l'a très bien fait remarquer pepin_labulle NAP, plus d'aucune utilité dans l'Indien et le Pacifique. Nous avons l'opportunité de tirer le meilleur de notre bateau à hauteur du 60°S. Les hommes de BP V, eux, ont été dans l'obligation de ralentir pour se ménager, ménager leur monture et éviter les icebergs. Ils ont par ailleurs été dans l'obligation d'allonger la distance, ne pouvant se permettre de naviguer trop au sud et devant slalomer entre les growlers.
pepin_labulle NAP a donc parfaitement raison. Je reprends à mon compte son constat que je partage au mot près : en restant sur les polaires de Groupama III, MP propose un modèle de comportement moyen qui colle à peu prés aux performances de ces maxi-trimarans dans des conditions de mer océaniques. Cela rend le jeu plus intéressant, car les comparaisons de routes restent possibles.
Alors certains s'interrogent sur la possibilité de mettre en place des "polaires évolutives" permettant de coller un peu plus à la réalité en autorisant des vitesses plus élevées dans l'Atlantique et en contraignant au ralentissement dans le sud. Personnellement, je suis perplexe. Je passe sur les difficultés techniques que constitueraient pour VR la mise en place d'un tel système. Le principal problème réside dans le fait qu'il faudrait en plus de la vitesse et de l'angle des vents faire intervenir le facteur "état de la mer" dans le calcul de la vitesse du bateau. Un autre problème réside dans le fait qu'il faudrait cartographier la présence d'éventuels icebergs. Ce qui est impossible puisque Peyron et ses hommes ont parfois constaté qu'ils rasaient des growlers alors qu'ils ne les avaient pas identifiés avec le radar.
Enfin, le dernier problème, insoluble celui là, réside dans le fait que ne pas naviguer trop au sud, ralentir pour ne pas prendre de risque avec les icebergs, limiter la vitesse du bateau pour ménager l'équipage, les éléments techniques du trimaran comme les voiles ou les chariots de grand-voile sont DES CHOIX. Ils appartiennent à l'équipage. D'autres marins auraient parfaitement pu en faire d'autres et prendre plus de risques que Peyron et ses hommes.
En résumé l'idée à priori séduisante des "polaires évolutives" censées coller aux performances de BP V, au delà des difficultés techniques qu'elles représentent, risqueraient surtout de nous "enfermer" dans un seul modèle possible de navigation, celui choisi par Peyron et ses hommes, un modèle qui n'aurait peut-être pas du tout été celui d'un autre équipage qui aurait peut-être géré sa course et son effort d'une autre façon.
En conclusion (parce que j'ai déjà fait long

), si l'on admet que le compromis est la seule véritable solution, sachons reconnaître que celui trouvé actuellement, de manière involontaire puisqu'il ne consiste finalement qu'à nous offrir les polaires de Groupama III, n'est pas mauvais. Il a en outre le grand mérite de nous permettre de continuer de nous mesurer, à armes égales avec ce diable de Filovent qui continue de m'énerver sérieusement !

Bonne navigation. Et encore bravo à Peyron et à ses hommes.
Vertige Normand.